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Envoyer des missionnaires francophones, une nécessité pour l’Église européenne


Imaginons que tous ceux qui louent Jésus en langue française sur la planète se réunissent dans la même salle de culte un dimanche matin. À quoi ressemblerait cette assemblée ? Quelle serait la démographie ? Quel style de culte ? Quel est le visage dominant de l’église francophone mondiale aujourd’hui ? Des 39 millions de protestants francophones dans le monde, moins de 2 millions sont d’une lignée européenne. On estime même que 32 millions de ces chrétiens vivent en Afrique subsaharienne. Si, comme moi, votre église se trouve en région parisienne, cette description hypothétique d’un culte francophone mondial ne devrait pas vous surprendre. Il se peut même que votre assemblée locale exprime parfaitement cette réalité globale. Les liens avec un christianisme africain sont palpables à Paris, à Bruxelles, et sont certainement de plus en plus ressentis dans d’autres villes en Belgique, en France et en Suisse. Si la grande majorité des chrétiens est déjà dans l’hémisphère sud de la planète, pourquoi faut-il encore y envoyer des missionnaires de l’Europe ?


Le lien de la langue française avec des peuples non-atteints


Tout d’abord, la langue française nous accorde des occasions de témoigner aux peuples non atteints par l’évangile. En effet, elle est la langue de jure (officielle) de 21 nations en Afrique, et parlée comme langue de facto (non-officielle) par 10 pays de plus. Puisque le français est le plus souvent parlé comme 2ème langue par les peuples africains, il nous lie aussi à d’autres milieux sociolinguistiques. Il est peut-être trop évident de mentionner les liens avec le Maghreb, avec sa population musulmane, et avec la langue arabe.

Un exemple moins connu peut-être et issu de mon expérience personnelle est le rapport entre le lijda* et le français en Afrique de l’ouest. Le lijda est la langue maternelle de 9 millions de personnes et une langue véhiculaire utilisée par 20 millions de personnes à travers quatre pays francophones. Le français y est parlé dans l’administration et l’enseignement. Le lijda domine le commerce et le milieu du transport. Un grand nombre de ces 20 millions d’âmes se servent des deux langues tous les jours. Je suis convaincu qu’en tant que chrétiens francophones - que nous soyons en Afrique ou en Europe - nous avons un devoir particulier devant Dieu pour cette population qui est à 99,9% non-atteinte par l’Évangile. Actuellement, un Lijda a très peu d’occasions d’entendre une annonce claire de l’œuvre et de la vie de Jésus. Ce n’est pas normal ! Prions pour les Lijdas. Soutenons les projets de SIM et nos missionnaires qui vivent parmi les Lijdas. Envoyons davantage de missionnaires francophones disposés à apprendre la langue lijda pour annoncer le seul message qui peut les sauver.


Le leadership interculturel comme ligament


De plus, les églises francophones en Afrique et en Europe ont besoin du leadership interculturel comme ligaments qui tiennent ensemble les membres du corps de Christ. Comment comprendre et aimer la grande majorité des chrétiens francophones si nous n’avons jamais passé du temps en Afrique ? Un aspect central du christianisme est le fait historique que la bonne nouvelle de Jésus traverse les barrières culturelles et géographiques, transformant chaque nouveau lieu et chaque culture. La migration postcoloniale, l’urbanisation et le développement simultané de technologies de communication et de transports mondiaux ont radicalement augmenté la fréquence et la durée du contact interculturel. Cela ne devrait plus nous surprendre de rencontrer en Europe l’influence de Jésus venant de l’hémisphère sud de la planète. Nous devons la comprendre et l’accueillir. Plus que jamais, l’église francophone mondiale a besoin de reponsables capables de se positionner entre des communautés diverses de la francophonie. Que faire pour en devenir un ? SIM France-Belgique serait heureux d’explorer les possibilités avec vous. Partir en Mission Découverte pourrait être un premier pas.

Une question de justice


Enfin, il y a une question de justice. Cette fois, imaginons un repas fraternel entre tous les francophones du monde. D’un côté, la microminorité occidentale se tient à table dans un petit coin d’une salle immense, buvant de l’eau pure et mangeant à sa faim. De l’autre côté, la majorité des francophones vivant au sud de la planète, présents dans la salle n’a aucun accès à cette table, n’espérant même pas les miettes qui tombent par terre.


Partager nos biens avec nos frères et sœurs, mais aussi avec ceux qui ne connaissent pas Dieu au loin n’est pas une question de charité, mais de justice. Si c’est dans notre pouvoir d’aider nos voisins mondiaux et que nous ne le faisons pas, ce n’est pas de l’avarice, c’est de l’injustice. En Afrique, 300 millions de personnes créées à l’image de Dieu n’ont pas accès à l’eau potable. Un enfant meurt toutes les 4 secondes d’une maladie guérissable tel que le paludisme. Les experts estiment que moins de 200 milliards d’euros suffiraient à pourvoir en nourriture, en eau, et en soins médicaux à toute la population de la terre. C’est moins que ce que les européens dépensent par an pour le café !


Il y a encore bien des raisons d’envoyer non seulement des missionnaires, mais aussi de nos biens et de nos compétences. Voici le sens de la justice : donner librement de tout ce que nous sommes et de tout ce que nous avons pour toute la communauté humaine. En partageant aussi notre pain quotidien avec ceux qui en ont le plus besoin, nous mettons concrètement la compassion de Christ en action, et cela renforce notre témoignage !


> Jonathan Finley est missionnaire avec SIM France-Belgique. Il vit avec sa femme et ses trois fils en région parisienne. Il termine actuellement une thèse en missiologie à la Faculté de Théologie Fuller en Californie. Il est le fondateur de Mission Oïkos, aujourd’hui intégrée à SIM France-Belgique, et intervient en Afrique francophone.


> Cet article est issu du magazine S'IMMERGER n°10 édité par SIM France-Belgique



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