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Entretien avec Philippe Monnery, vice-président du CNEF

Dernière mise à jour : 3 juil. 2023


Evangéliste à France Évangélisation, Philippe Monnery est vice-président du CNEF et secrétaire général du Réseau FEF. Il est impliqué dans les travaux du mouvement de Lausanne en Europe et à l'international. Alors que le CNEF développe sa vision missionnelle, il répond à nos questions sur ce sujet. Entretien.


Bonjour Philippe, vous portez un nouveau texte que le CNEF est en train de travailler, sur la dimension missionnelle de l’Église. Pouvez-vous nous en dire quelques mots ? Où en êtes-vous ?


Effectivement, une réflexion a démarré en 2020 avec le sentiment que « l’institutionnel prenait de plus en plus de place » dans le rôle du CNEF, exacerbé par la présence nécessaire face aux restrictions liées au Covid et à la nouvelle loi de renforcement des principes républicains. Avec la question « Est-ce que cela ne se fait pas au détriment de l’annonce de l’Évangile ? ». En juin 2021, Christian Blanc, alors président du CNEF a eu un discours qui appelait à mettre côte à côte le moteur institutionnel et le moteur missionnel. Le comité représentatif du CNEF a ainsi réfléchi à ce que pourrait être l’action du CNEF dans ce deuxième aspect. Et ainsi 4 axes d’actions sont apparus pour soutenir un élan missionnel des évangéliques : 1) favoriser les relations, 2) inspirer pour un élan missionnel, 3) animer une dynamique de prière et 4) mutualiser et valoriser des outils communs. Assez vite, j’ai été sollicité par le bureau pour porter cette vision commune afin de s’assurer que les mises en pratique aillent dans le bon sens et soient concrètes. Et pour ce faire, il y avait besoin qu’elle soit assez bien définie. Jusqu’ici nous avions un texte concis et restreint : « Promouvoir le témoignage de l’Évangile en parole et en actes partout et dans toutes les sphères de société et notamment dans l’implantation d’Églises » qui ne permettait pas à tous les acteurs de se sentir concernés et de participer à une mise en œuvre concrète. Un peu dans l’esprit des textes du Mouvement de Lausanne, nous avons cherché à unifier ces acteurs dans un mouvement commun. Le texte qui sera un socle de fondement théologique devrait être finalisé et adopté en juin prochain. Et la prochaine étape sera de fixer des objectifs nationaux qui viendraient compléter celui d’une Église pour 10 000 habitants.


Vous l’avez évoqué, ce texte est grandement inspiré du Mouvement de Lausanne !


Oui. L’idée était de prendre les éléments pertinents et déclinables dans le contexte français des grands thèmes abordés dans les textes issus du Mouvement de Lausanne. Notamment en ce qui concerne l’annonce de l’Évangile, l’engagement socio-politique, la réalité des peuples sans accès à l’Évangile, la notion d’Église dispersée, etc.


la plupart des leaders d’unions d’Églises ont des profils de pasteurs et de docteurs [...] Ceci a pu entraîner un effet de sous-traitance de l’Église pour le ministère de témoignage au loin.

Vous évoquez des tensions entre les dimensions « au près » et « au loin ». Quel est votre regard actuel sur la vision que portent les acteurs évangéliques sur ces deux dimensions ?


À mon sens, la plupart des leaders d’unions d’Églises ont des profils de pasteurs et de docteurs qui sont plutôt préoccupés par la santé des Églises. Les profils d’évangélistes ou de missionnaires se trouvent plutôt dans les œuvres para-ecclésiales. Ceci a pu entraîner un effet de sous-traitance de l’Église pour le ministère de témoignage au loin. Le fait que la présence évangélique soit relativement faible en France peut aussi renforcer cela. On retrouve parfois le discours en provenance des Églises et unions d’Églises qui consiste à dire : « n’oublions pas que la France est aussi un champ de mission. » Et je pense qu’il y a un abus de langage à cet endroit. Évidemment, la France est sous-évangélisée, mais ce n’est pas un champ de mission prioritaire au sens où les missionnaires l'entendent, parce que la France a les moyens de son évangélisation avec des structures de formations et autres. On n’est pas dans un champ de mission vierge comme c’est le cas dans plusieurs endroits du monde où des peuples n’ont pas les moyens de leur évangélisation, s’il n’y a pas d’actions qui viennent de l’extérieur. J’ai tendance à croire que les Églises françaises sous-estiment les besoins en dehors de nos frontières. N’oublions pas que la France a beaucoup reçu de l’extérieur depuis l’après-guerre. Et je suis convaincu que l’Église française serait bénie dans sa capacité à envoyer des missionnaires à la fois par le principe biblique de « celui qui donne reçoit ». Mais aussi dans l’émulation que cela crée de voir un frère ou une sœur qui part, qui fait des sacrifices et qui fait face aux défis. Cela peut provoquer un zèle contagieux localement dans le témoignage de proximité. Cette ouverture aiderait aussi nos Églises à être plus sensibles aux peuples issus des diasporas qui sont en France et mieux équipées pour être un témoignage auprès d’eux. Il y a de vrais défis à ce niveau.


je suis convaincu que l’Église française serait bénie dans sa capacité à envoyer des missionnaires

En quoi les organisations missionnaires telles que SIM, ont un rôle à jouer dans cette prise de conscience et dans l’œuvre, au niveau de la sphère évangélique en France ?


Les organisations missionnaires sont éveillées aux questions de l’interculturalité, elles forment ceux qu’elles accompagnent et elles ont des apports pertinents à donner pour rejoindre les peuples qui nous entourent dans nos localités.

Dans la perspective de mobiliser pour l’envoi de missionnaires, il me semble qu’il y a un déficit d’informations. Je ne suis pas sûr que tous les chrétiens évangéliques français ont conscience que 86% des musulmans, bouddhistes et hindouistes n’ont pas de témoignage chrétiens vivant dans leur propre culture. Des initiatives, comme celle de la journée des peuples sans accès à l’Évangile à laquelle vous prenez déjà part, sont les bienvenues. Et on pourrait aller encore plus loin avec les réseaux sociaux et la diffusion de témoignages sur ces médias.


Aussi, beaucoup d’évangéliques français ont peut-être l’impression que la France n’a rien à donner. On se dit que les Américains envoient beaucoup, que les Coréens aussi et que si nous envoyons ou non, cela ne changera rien. Pourtant nous avons aussi un vrai rôle à jour dans la mission. Et c’est une demande qui émane des pays internationaux et notamment africains.


Un leader africain m’a un jour interpellé en me disant que l’Europe a exporté le sécularisme dans le monde entier et que cela arrive petit à petit dans sa région. Et les chrétiens locaux ne sont pas familiers avec ça, ils ne savent pas l’aborder. Il me disait qu’ils ont besoin de missionnaires Français qui connaissent le problème à la racine pour les aider à évangéliser dans ce nouveau paradigme sociétal. Tout en sachant que les Français ont des barrières en moins pour s’installer dans ces pays, comme celle de la langue ou de la culture administrative qui est la même - bien qu’il y ait aussi une recrudescence du sentiment anti-français en Afrique de l’Ouest. Les acteurs locaux sont demandeurs de partenariats pour être équipés à différents niveaux.

Un dernier point sur lequel les organisations missionnaires pourraient communiquer davantage, c’est l’évolution du modèle missionnaire. Avant, on envoyait des médecins, des infirmières ou des pasteurs. Aujourd’hui, l’entrepreneuriat en mission est en train de se développer ce qui permet de mobiliser d’autres profils. Dans le monde évangélique français, toute une part de notre jeunesse est positionnée dans des métiers d’élites qui pourraient fournir des missionnaires avec ce modèle.


Je pense que les chrétiens du Sud sont aussi une bénédiction pour l’Église de France pour garder le cœur des chrétiens occidentaux de la sécularisation.

On a évoqué la notion de « France terre de mission ». Selon vous, a-t-elle vocation à recevoir des envoyés ? Notamment d’Afrique qui devient un hub d’envoi.


Il me semble que oui et on en reçoit déjà en fait. Et ceux-ci viennent combler un manque par endroit. Alors il y a des missionnaires envoyés depuis ces pays, mais il y a aussi des missionnaires de circonstances. Je m’explique. Au chapitre 18 du livre des Actes, on voit Paul qui est à Corinthe pour évangéliser. Il a été clairement envoyé depuis Antioche. Sa présence est intentionnelle. Et il y a Priscille et Aquilas qui se retrouvent là du fait des circonstances qu’ils ont subies, parce qu’ils ont été expulsés de Rome. De la même façon, de nos jours, par les flux migratoires contraints, il y a beaucoup de missionnaires de circonstances. C’est le cas d’un jeune africain chrétien que j’avais rencontré dans un supermarché et qui était dans une situation compliquée et en train de mendier. Tout ce qu’il avait reçu spirituellement dans son pays, on l’a aidé à le vivre ici aussi et c’est ainsi qu’un petit groupe a démarré avec d’autres réfugiés. Celui-ci n’a pas tenu dans la durée car il y avait sans cesse des flux de personnes. Mais en tout cas, ce chrétien qui était en souffrance a été aidé par l’Église dans sa situation personnelle et a été capable de penser à autre chose et de donner ce qu’il avait reçu.


Je pense que les chrétiens du Sud sont aussi une bénédiction pour l’Église de France pour garder le cœur des chrétiens occidentaux de la sécularisation. On vit dans un monde désenchanté et même si l’on croit que Dieu est à l’œuvre dans tous les domaines de notre vie, on a tendance à souffrir d’une forme d’athéisme fonctionnel. On croit comme des chrétiens, mais on vit comme des athées. Ces chrétiens issus de pays non-occidentaux ont une vision spirituelle de la vie beaucoup plus large que la nôtre et viennent nous garder, quelque part, du sécularisme. Ils viennent même le défier. J’en veux pour preuve l’exemple de la polémique médiatique qui a eu lieu récemment sur les prêches dans le métro parisien. Même si cet exemple pose un problème dans un sens, leur fraîcheur et leur zèle viennent nous challenger dans notre environnement. Quels nouveaux enjeux voyez-vous pour la mission au loin ces années qui viennent ? Vous faites partie d’une organisation qui a à cœur les ministères urbains dans les grandes mégalopoles. Est-ce un enjeu particulier ?


La logique des partenariats est cruciale. La question de l’Église dispersée aussi : comment les 1% de pasteurs et théologiens peuvent équiper les 99% de chrétiens dans leur sphère du quotidien pour avoir une vision missionnelle de leur vie. Et cela amène à la question des profils qu’on envoie, comme on vient de l’évoquer. Pour ce qui est des ministères urbains dans les grandes mégalopoles, comme le développe Tim Keller, la présence des chrétiens dans ces lieux est un enjeu puisque cela permet de toucher différentes sphères de la société : les élites, les plus pauvres, les nouveaux arrivants, les lieux de culture, d’innovation, etc.


Merci Philippe pour vos réponses. Nous vous souhaitons bon courage dans la finalisation du texte et dans la mise en œuvre.


 

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