• Philippe Hutter

Qui envoie ? l'église locale ou l'organisation missionnaire ?

Qui envoie en mission ? la réponse ultime est, bien entendu, l’Esprit (Actes 13.2) ! Mais dans le concret du quotidien de l’appelé, un certain nombre d’intervenants sont impliqués, dont les deux principaux sont (ou plus exactement, devraient être...) son église locale et une organisation missionnaire. Au sein de ce trio (église – appelé – mission[1]), les attentes, les présupposés et les relations ne sont pas automatiquement clairs et harmonieux. Il est donc intéressant de se demander comment tout cela pourrait (devrait ?) s’articuler.


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Églises et organisations missionnaires trouvent leurs racines dans le Nouveau Testament


On découvre assez facilement dans le Nouveau Testament des formes plurielles d’organisation de l’église primitive, mais force est de constater qu’on n’y trouve aucune trace explicite d’organisations missionnaires telles que SIM... Cela ne signifie pas que "les missions" n’aient pas de place aujourd’hui dans la mise en œuvre de l’ordre missionnaire divin – ce qui serait un comble ! – mais plutôt que les organisations missionnaires sont une contingence – une nécessité temporaire – de "la Mission" et pas une institution divine en elles-mêmes.


Pour autant, les missions sont, au quotidien, des partenaires incontournables dans la mise en œuvre de l’appel des missionnaires et de la vision missionnaire des églises[2].


Deux textes complémentaires mettent en lumière la diversité des intervenants :

  • Actes 13 – L’église d’Antioche L’église du Nouveau Testament a joué un rôle central, voire exclusif, dans l’envoi de missionnaires – le texte de référence se trouve en Actes 13, avec l’envoi en mission de Paul et Barnabas par l’église d’Antioche sur injonction directe du Saint-Esprit.

  • Actes 15.36-41 – ‘Jean, surnommé Marc’, ou Silas ? Le projet de second départ en mission de Paul et Barnabas inclut la participation d’un autre missionnaire. Jean, surnommé Marc, est proposé par Barnabas, mais Paul lui préfère Silas.


Actes 13 – Antioche


L’envoi par l’Esprit de Paul et Barnabas en mission implique directement l’église et les deux missionnaires : "Mettez-moi à part Barnabas et Saul pour l’œuvre à laquelle je les ai appelés. Alors, après avoir jeûné et prié, ils leur imposèrent les mains, et les laissèrent partir." (Actes 13.2b-3)


Trois actes essentiels apparaissent ici :

  1. mettre à part (reconnaissance de l’appel) ;

  2. imposer les mains (consécration des envoyés à cette tâche particulière) ;

  3. laisser partir (concrétisation) – le tout accompagné par le jeûne et la prière.

Les deux premiers actes définissent encore aujourd’hui le rôle de l’église "d’envoi" et sa place centrale, le troisième étant plutôt le lieu d’intervention des missions, ce qui pourrait se résumer par l’équation suivante :


Envoi en mission = église + appelés



Actes 15.36-41 – ‘Jean, surnommé Marc’, ou Silas ?


Dans le cadre de la préparation d’une seconde mission (suivi des églises implantées précédemment, 15.36), Paul et Barnabas constituent une sorte de ‘comité de mission’ pour examiner la ‘candidature’ de Jean, surnommé Marc, que Barnabas souhaitait adjoindre à l’équipe. À première vue, le résultat de leur travail semble être un échec (dispute et séparation), mais au-delà de ce résultat immédiat, il initie une seconde étape dans la mise en œuvre de la mission :


Envoi en mission = église + appelé + comité de mission


L’église valide le choix final du ‘comité de mission’ par la recommandation à Dieu de l’équipe missionnaire finalement constituée.


L’élément essentiel de cette seconde étape réside dans l’emploi que font Barnabas et Paul de leur expérience de la mission et de leur connaissance du terrain dans le choix des nouveaux missionnaires (Marc et Silas).


> Lire : Mission au près VS Mission au loin ?



Un équilibre à trouver


Idéalement, le partage de responsabilités entre l’église et la mission pour l’envoi d’un missionnaire pourrait être le suivant :

  1. l’église confirme l’appel reçu par le futur missionnaire ; c’est là qu’il est connu, que ses dons ont été discernés et où il a fait ses preuves. Puis l’église le consacre dans ce ministère, à l’exemple de celle d’Antioche : jeûne, prière, imposition des mains et (très probablement) soutien matériel concret puis, au terme de la mission, accueil des missionnaires (14.27-28).

  2. l’organisation missionnaire, après acceptation d’une candidature dans laquelle la contribution de l’église est essentielle, accompagnera efficacement le missionnaire dans la mise en œuvre concrète de son ministère grâce à son expérience de l’envoi en mission et sa connaissance du terrain.

Il y a donc un équilibre à trouver entre le rôle de l’église (reconnaissance de l’appel, consécration des envoyés) et celui des missions (mise en œuvre concrète du ministère dans lequel l’appelé va s’impliquer, en réponse à son appel).


C’est donc l’Église « Corps du Christ » qui envoie celles et ceux que l’Esprit appelle, en coordonnant l’action des organes que sont l’église locale et l’organisation missionnaire !


[1] Dans ce post, on utilisera ‘la/les mission(s)’ pour désigner les organisations missionnaires, et ‘la Mission’ pour désigner le mandat missionnaire donné par Dieu à Son Église. [2] Terme englobant dans le cadre de ce post "église locale" et "dénomination".


Églises, comités mission, vous souhaitez en savoir plus sur votre "mandat missionnaire" ? Contactez-nous pour en discuter : philippe.hutter@sim.org


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