• SIM France-Belgique

Utiliser ses expériences transculturelles pour accompagner les missionnaires de champ

Evelyne Hutter termine un chapitre de son ministère qui l'a vue passer près de 11 années au bureau opérationnel de SIM France-Belgique, dans l'accompagnement pastoral des missionnaires. L’occasion de revenir avec elle sur ses 31 années d’engagement en mission avec SIM et de considérer ce que Dieu a réalisé au travers d’elle.


Evelyne a suivi les missionnaires de champ depuis le bureau de Caderousse

Bonjour Evelyne, tu tournes une page de presque 11 années au bureau SIM France-Belgique. Peux-tu nous dire quel est ton état d’esprit au moment de dire au revoir à l’équipe ?

Je ne peux pas dire que je quitte l’équipe sans un petit pincement au cœur. Mais habitant sur place et Philippe travaillant toujours au bureau je pense qu’il me sera aisé de garder contact et de venir de temps en temps aux réunions de prière du matin. Le plus difficile pour moi est certainement de dire au revoir aux missionnaires et en particulier ceux que j’accompagne depuis des années, pour certains plus de 10 ans, et avec qui j’ai tissé des liens très précieux.


Commençons par le commencement : avant d’être au bureau, toi et ta famille avez été missionnaires au Niger. Quel a été votre ministère sur place ?

Quand nous sommes arrivés au Niger, Philippe et moi avons servi dans nos domaines de compétence professionnelle : Philippe était chargé de la maintenance informatique du bureau et ma formation d’éducatrice de jeunes enfants m’a permis d’exercer dans le jardin d’enfants de l’école biblique de Niamey où étaient pris en charge les enfants des étudiants. Ayant à cœur de s’investir à l’extérieur du bureau, Philippe a commencé à participer avec une équipe de missionnaires à l’implantation d’un centre de jeunesse dans un quartier défavorisé de Niamey où il n’y avait pas d’église. Le travail d’évangélisation a porté des fruits et ce centre s’est peu à peu transformé en un lieu de culte. L’école biblique ayant fermé j’ai rejoint Philippe dans ce ministère d’implantation d’église où j’ai pris en charge le travail parmi les enfants et les femmes. Quand un pasteur nigérien formé en Centre Afrique est venu prendre la charge pastorale, nous nous sommes investis dans un ministère de formation au Centre Biblique de Niamey. Mon cœur de ministère à ce moment-là a été le travail avec les couples et l’organisation de camps de familles. Philippe a par la suite travaillé avec les responsables d’église à la réouverture d’une nouvelle école biblique et j’ai eu aussi beaucoup de joie à m’investir dans l’enseignement des femmes de pasteurs et à offrir aux étudiants un cours sur la famille.


Qu’as-tu appris personnellement de cette expérience transculturelle ?

La patience et l’humilité. La patience parce que tout prenait plus de temps sur place et l’humilité de reconnaître que j’avais beaucoup à apprendre dans un contexte si différent du mien. J’ai compris et cela me semble le plus important, que nous sommes appelés à être avant de faire. Être et vivre avec, apprendre à connaître et à aimer pour qu’au travers de ces amitiés Dieu fasse son œuvre et se révèle. Pendant ces 18 ans au Niger, je pense avoir bien plus reçu que donné !


Nous n’avons pas pu repartir parce que nous étions en burnout. Il y a beaucoup à faire sur le champ missionnaire et si l’on n’est pas vigilant à savoir placer des limites on peut facilement s’épuiser.

Pour quelle(s) raison(s) êtes-vous revenus en France ?

Philippe et moi nous sommes revenus en France et nous n’avons pas pu repartir parce que nous étions en burnout. Il y a beaucoup à faire sur le champ missionnaire et si l’on n’est pas vigilant à savoir placer des limites on peut facilement s’épuiser. De plus, les missionnaires long terme peuvent être souvent sollicités pour les projets car ils ont une certaine expérience du pays et ont développé beaucoup de relations sur place. Nos enfants étant tous rentrés pour leurs études supérieures nous n’avons pas veillé sur nous-mêmes et avons présumé de nos forces : la semaine était consacrée à nos différents ministères avec la mission et le Week-end avec l’église. Il n’y avait plus vraiment de place pour du repos et le ressourcement. En mission on est appelé à beaucoup donner et si l’on ne veille pas à remplir régulièrement la « citerne », celle-ci se vide et on peut vite se retrouver complètement sec. Oui, le travail est là et il y en aura toujours, mais Dieu ne nous demande pas de nous épuiser à la tâche.


Chaque rendez-vous était l’occasion de faire un peu le tour de tous les domaines de leur vie. Au travers d’un échange informel il m’était alors possible d’offrir à nos envoyés un lieu d’écoute bienveillante mais aussi de percevoir les difficultés du moment et d’anticiper ce que nous pourrions faire pour aider dans la situation.

En 2010, vous rejoignez l’équipe du bureau. Toi dans l’accompagnement pastoral des missionnaires de champ. Comment ce ministère s’est mis en place ?

Forts de notre propre expérience et ayant entendu que beaucoup de missionnaires rentraient définitivement parce qu’ils s’étaient sentis trop isolés sur le champ, je me suis interrogée sur les moyens que nous pourrions mettre en œuvre pour que nos envoyés puissent se sentir mieux accompagnés et continuer de servir dans de bonnes conditions. Lors d’un échange avec le directeur d’une mission partenaire, celui-ci m’avait dit qu’il avait à cœur d’appeler chaque mois les missionnaires sur le champ pour prendre de leurs nouvelles. J’ai décidé alors de proposer cela à nos missionnaires : la plupart d’entre eux a répondu favorablement et nous avons pris rendez-vous par tous les moyens à notre disposition : téléphone, Skype, WhatsApp, Signal, zoom, etc. Chaque rendez-vous était l’occasion de faire un peu le tour de tous les domaines de leur vie (ministère, vie familiale et spirituelle, repos, relations, santé, etc.). Au travers d’un échange informel il m’était alors possible d’offrir à nos envoyés un lieu d’écoute bienveillante mais aussi de percevoir les difficultés du moment et d’anticiper ce que nous pourrions faire pour aider dans la situation. Au fil des échanges réguliers, la confiance s’est établie et les relations se sont approfondies : certains, sachant que j’avais moi-même été sur le terrain me demandait des conseils et mon écoute leur permettait de prendre un peu de recul par rapport à ce qu’il vivait. Une chose m’a semblé essentielle dans cet accompagnement : il fallait que les missionnaires soient assurés que ce qu’ils m’avaient confié resterait entre nous (confidentialité) hormis ce qu’ils me permettaient de partager avec l’équipe.


Quels bénéfices cet accompagnement apporte aux missionnaires ?

Cet accompagnement personnalisé donne au missionnaire le sentiment qu’il n’est pas oublié par son bureau d’envoi et qu’il est l’objet de toute son attention. Le fait de pouvoir être écouté avec bienveillance et sans jugement lui donne un espace d’expression précieux particulièrement pour ceux qui sont assez isolés sur le champ. Même si le missionnaire a la possibilité d’exercer son ministère au sein d’une équipe missionnaire, celle-ci est souvent multiculturelle et il est plus facile de s’épancher auprès de quelqu’un qui partage la même culture que vous. Cet accompagnement permet aussi de déceler des difficultés et des problèmes avant que ceux-ci ne deviennent trop importants : il a donc aussi un rôle de prévention. Quand la situation s’aggrave, il est possible, avec l’accord du missionnaire, d’en parler avec les responsables de la mission pour voir ce que nous pouvons initier pour aider.


il y a eu des moments de crise où je me sentais bien lointaine et démunie mais j’ai chaque fois réalisé l’importance de vivre dans cette dépendance de Dieu et de lui faire confiance pour la suite.

Quelles ont été tes joies et tes difficultés dans cet accompagnement ?

J’ai eu personnellement beaucoup de joie à exercer ce ministère. Cheminer avec nos envoyés au milieu de leurs joies, leurs difficultés, leurs défis et voir comment Dieu a travaillé dans leur vie et au travers de leur vie a été pour moi une source d’encouragement.

Bien sûr il y a eu des moments de crise où je me sentais bien lointaine et démunie mais j’ai chaque fois réalisé l’importance de vivre dans cette dépendance de Dieu et de lui faire confiance pour la suite.

Ce ministère d’accompagnement demande beaucoup de souplesse (à cause des décalages horaires) et de disponibilité pour pouvoir écouter activement sans se sentir pris par d’autres tâches. Les heures d’écoute surtout par rapport à des situations de souffrance peuvent quelquefois être lourdes à porter et il faut apprendre encore et toujours à ne pas se laisser charger à l’extrême et déposer tout ce qui est douloureux au pieds de la croix.


Tu as aussi largement contribué à améliorer la formation dispensée par SIM aux futurs missionnaires, ou encore à valoriser le débriefing du retour !

Dès le début de notre engagement au bureau, nous avons avec Philippe et la responsable du personnel de l'époque travaillé à formaliser et construire un module de formation qui pourrait préparer au mieux nos envoyés à leur future expérience sur le champ.

Dans la perspective d’un accompagnement holistique il nous a aussi semblé important de soigner le retour au pays et le bilan de fin de séjour. Dans ce but j’ai pu demander à un organisme chrétien spécialisé en la matière de venir apporter à tous les membres de notre équipe une formation au débriefing. Ces deux outils nous ont été très précieux dans l’accompagnement de nos envoyés sur l’ensemble de leur expérience missionnaire.


Beaucoup de missionnaires que j’ai accompagnés ont mesuré combien cela les avait aidés à persévérer

Penses-tu que l’accompagnement pastoral des missionnaires a de « beaux jours » devant lui ?

Je pense que cet accompagnement est non seulement souhaitable mais essentiel et particulièrement dans les contextes de plus en plus difficiles où partent nos envoyés (sécurité, santé, persécution). Beaucoup de missionnaires que j’ai accompagnés ont mesuré combien cela les avait aidés à persévérer et combien certains de leurs collègues sur le champ en auraient eu besoin.


Pour la suite, as-tu des idées d’orientation de ton ministère ?

Pour l’instant je suis en réflexion, mais il est sûr que ces dix années de ministère dans l’équipe du bureau m’ont révélée que j’avais un cœur pour l’accompagnement des personnes et je veux croire que le Seigneur, qui m’a équipée et formée pendant toutes ces années, saura le faire fructifier pour sa Gloire.


Merci Evelyne pour toutes ces années de consécration. Nul doute qu’il y aura encore beaucoup de fruits de ce que tu as mis en place ! Sois bénie pour la suite.



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